Enfant, j'adorais les contes. Ma mère nous racontait des histoires, à mes sœurs et moi, et je grandissais avec les personnages de Boucle d'or, du Petit Poucet et de tant d'autres. Pourtant, je ne me souviens pas d'avoir rencontré, dans ces récits, des personnages dont les cheveux ressemblaient aux miens.

En grandissant, mes cheveux crépus ont pris une place particulière dans ma vie. À l'école, puis dans le monde du travail, j'ai découvert qu'une coiffure pouvait susciter des remarques, des interdictions ou des jugements. Des expériences parfois absurdes, parfois douloureuses, qui ont longtemps influencé ma manière de me coiffer.

Lorsque je suis devenu père de deux filles, j'ai commencé à m'interroger sur les histoires que j'avais reçues et sur celles que je souhaitais leur transmettre. Je voulais trouver des contes africains et caribéens dans lesquels les cheveux crépus auraient une place, une signification, une histoire.

C'est de cette envie qu'est née La Fourche.

Je suis parti à la recherche de ces récits, sans vraiment savoir ce que j'allais trouver. Au fil des rencontres, des discussions avec mes parents et des découvertes, ma recherche m'a conduit vers des légendes, des traditions et des histoires de résistance. J'ai découvert que les cheveux pouvaient être bien plus qu'une question d'apparence : ils pouvaient raconter une appartenance, transmettre un message ou conserver une mémoire.

Je voulais aussi que la forme de la série reflète ma manière de travailler. Je pratique la photographie, le dessin, la peinture et la réalisation, et j'aime faire dialoguer ces différents médiums. J'ai donc choisi de mêler prises de vues réelles, archives, dessins et animations pour donner vie aux histoires rencontrées.

J'ai dessiné, animé et réalisé cette série dans une démarche artisanale à laquelle je suis attaché. Le soutien de CNC Talent m'a permis de consacrer du temps à cette fabrication et d'explorer librement ces différentes formes visuelles.

Au départ, je cherchais des contes anciens. Mais au fil de cette quête, j'ai également découvert des auteurs, des illustrateurs, des conteurs et des personnes qui, aujourd'hui, contribuent à faire évoluer les représentations des cheveux afro.

La Fourche ne m'a pas apporté toutes les réponses que je cherchais. Elle m'a surtout donné envie de continuer à chercher, à dessiner et, peut-être un jour, à inventer moi-même les histoires que j'aimerais raconter à mes filles.